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lundi 2 novembre 2009

1937 : Radiographie d’un génocide

Par Renos Dossous
Santo Domingo, la plaque tournante de la colonisation du Nouveau Monde, n’abrita pas seulement la première cathédrale du continent américain, mais aussi sa première université, celle de Saint-Thomas d’Aquin, rebaptisée plus tard, en 1914, «L’Université Autonome de Santo Domingo ». Le symbolisme suggéré par ces deux monuments ne saurait être plus significatif pour un territoire d’où était dirigée la conquête de plusieurs pays du continent. Ne nous y trompons pas toutefois, l’histoire ne se nourrit pas seulement de symboles. Il arrive souvent que ce sont des faits surprenants, horribles même, qui contredisent les symboles en marquant des peuples entiers au fer rouge. Pour le concevoir, ne nous demandons même pas s’il faut revisiter le Code noir de 1685 qui décrétait que tout esclave noir fugitif devait être marqué d’une fleur de lys. Les propriétaires de bétail y avaient recours pour identifier leurs propriétés, et l’esclave noir représentait tout simplement une propriété de plus. Ce sont des faits actuels, des atrocités qui se commettent sous nos yeux qui nous interpellent aujourd’hui.

I. La naissance d’une nation

Les Espagnols débarquèrent le 5 décembre 1492 au Môle Saint-Nicolas, au nord-ouest de l’île d’Haïti (Ayiti : terre montagneuse en langue indigène) en provenance de Cuba. Ils baptisèrent ce nouveau territoire du nom d’Hispaniola (La petite Espagne). Les richesses naturelles qui y abondaient, notamment l’or dont regorgeaient les mines, ne tardèrent pas à provoquer la convoitise des nouveaux venus. L’impatience d’accumuler la plus grande richesse le plus rapidement possible, était on ne peut plus évidente. Ce calcul se retourna cependant contre les colonisateurs puisque très vite, ils s’aperçurent que les autochtones succombaient sous le poids des immenses efforts auxquels ils étaient soumis. La violence du traitement, la rudesse du travail dans les nombreuses mines de l’ile, l’absence totale de repos, les maladies contre lesquelles ils n’étaient nullement immunisés ont fini par avoir raison des paisibles habitants de cette partie du continent. C’est ainsi que, treize ans seulement après la découverte, en « 1507, il ne restait plus à Hispaniola que 60 000 amérindiens, c'est-à-dire le vingtième de ceux (1 200 000) qui s’y trouvaient avant l’arrivée des colonisateurs » (Le père Charlevoix, cité par Dantes Bellegarde) 1

A cette étape de la colonisation, une voix se fit entendre en faveur des indigènes, celle d’un religieux de l’ordre des Dominicains, le père Las Casas. Ce dernier qui avait accompagné Christophe Colomb dès son premier voyage, conseilla aux Espagnols de faire venir des noirs de la Guinée, pour alléger la rigueur des travaux que les amérindiens se voyaient forcés d’accomplir. On le prit au mot. Voilà dans quelle circonstance arriva, en 1917, sur l’ile d’Hispaniola, le premier contingent de 400 esclaves acquis en Guinée. Ainsi fut inaugurée sur le continent américain la pratique systématique de la traite des noirs.

Les immenses bénéfices que procuraient à la couronne espagnole, maitresse des mers, ses découvertes américaines qui ont fait l’apogée de la péninsule ibérique, à l’époque, n’ont pas laissé indifférents ses concurrents européens dont la France, l’Angleterre, la Hollande et le Portugal. Des pirates, aventuriers français et anglais surtout, qui sillonnaient déjà les mers en quête de richesse, attaquaient des bateaux espagnols sur les latitudes où ces attaques pouvaient être conduites sans risque. Mais à Hispaniola, les Français menèrent des attaques de front contre leur voisin méridional.

D’abord établie dans toute l’ile, l’Espagne se rendit compte bien vite que le contrôle devenait difficile face aux incursions de plus en plus nombreuses des corsaires français. Ils décidèrent de ravager la partie occidentale (l’actuelle Haïti), plus montagneuse, moins bien arrosée, pour s’établir du côté oriental de l’ile (l’actuelle République Dominicaine). Ces destructions sont connues sous le nom de « Dévastations d’Osorio » en souvenir du gouverneur espagnol qui les avait ordonnées. Ces terres montagneuses, abandonnées en partie pour leur aridité, pour la topologie accidentée du site, furent vite récupérées par les Français. Ces derniers, grâce à un travail acharné, à la multiplication des bras par l’intensification de la traite, l’exploitation des mines, la diversification des cultures, augmentaient les exportations et multipliaient leurs richesses. La portion occidentale de l’ile – la future Haïti - devint la plus prospère des colonies françaises. En effet, il suffit de jeter un coup d’œil panoramique sur ce qui s’y passait encore en 1788, au sein d’une population qui n’avait même pas atteint les 500 000 habitants : « 792 usines de cannes à sucre, 3097 fabriques d’indigo, 705 usine de traitement du coton, 2810 champs de café, 60 de cacao, 173 distilleries, 33 fabrique de briques, 245 moulins, etc. » 2

Mais la cruauté de l’exploitation des noirs arrachés de leurs terres d’Afrique, les mutilations exercées sur eux pour le moindre signe de fatigue ou la moindre tentative de fuite, l’appropriation des femmes noires par les maitres blancs, agrémentés des idées de la Révolution française ont fini par convaincre ces hommes et ces femmes qu’ils pouvaient connaitre un meilleur sort. Les postulats de la Révolution, assimilés par les esclaves leur firent comprendre qu’il n’était pas normal que leur vie n’ait de sens qu’en fonction des intérêts des autres. Les plus astucieux faisaient circuler de telles idées, les inculquaient à leurs enfants et cela a porté fruits. Les anciens esclaves ont décidé de tenter au péril de leur vie d’assumer le contrôle de leur propre destinée. Et c’est dans cette conjoncture que se révélèrent des personnages d’un grand charisme au sein de cette masse d’hommes jusque là sous-estimés. Pour ne citer que les plus remarquables, mentionnons Boukman, Henri Christophe, Alexandre Pétion, Toussaint Louverture, Jean-Jacques Dessalines. Ce dernier proclama l’indépendance d’Haïti le 1er janvier 1804. C’est ainsi que naquit la première république noire indépendante du monde.

L’universalisme de la révolution haïtienne

Mais dès ce moment-là, il était clair que la vision de l’indépendance de ces hommes se projetait au delà des frontières de leur ile, et que leur ambition de faire briller la torche de la liberté ne connaissait plus de limite. La première manifestation de l’internationalisme de la révolution haïtienne, prit corps avant la lettre, pour ainsi dire. Car nombre de soldats de ce territoire français – qui deviendraient haïtiens -, avant même d’avoir proclamé leur propre indépendance, en avaient eu un avant-goût en participant aux combats qui opposaient leurs voisins du nord (les États-Unis) aux Anglais, notamment à Savannah.

Plus tard, tout juste après l’indépendance d’Haïti, ce fut Miranda, général vénézuélien, qui venait chercher de l’aide pour lutter contre les Espagnols dans son pays. Le président haïtien d’alors, Alexandre Pétion lui fournit des munitions, des hommes et de l’argent. Puis vint le tour du libertador Simon Bolivar. Celui qui devait arracher son pays à l’Espagne, arriva en Haïti et obtint les mêmes bénéfices que son compatriote. Mais une fois que sa première tentative échoua, il retourna en Haïti, la Mecque de la liberté en Amérique après les États-Unis. La ville natale de l’actuelle gouverneure générale du Canada, Madame Michaëlle Jean, Jacmel, le reçût les bras ouverts jusqu'à ce qu’avec l’aide de la nouvelle nation, il recomposât ses forces et décidât de porter le coup décisif à l’occupation étrangère. Non seulement le Venezuela, mais la majorité des pays de l’Amérique du Sud furent ainsi conduits vers le chemin de la liberté. Ce n’est donc pas un hasard si Alexandre Pétion fut baptisé le Père du panaméricanisme.

Cette noble ambition du jeune état haïtien, qui voulait que l’indépendance fût l’héritage de tous les êtres humains, représenta en même temps sa malédiction. En effet, comment concevoir que le monde d’alors, dirigée par des puissances colonialistes – l’Espagne, la France, la Hollande, l’Angleterre, le Portugal -, toutes propriétaires d’esclaves, acceptât passivement l’établissement d’un état noir. N’était-ce pas une invitation tacite aux noirs à se révolter, à croire à la possibilité de se gouverner, de progresser et de vivre comme seuls les hommes blancs le faisaient jusqu’alors ? L’on comprend donc que face à tant de questions, dont les réponses sont incontestablement claires, Haïti allait payer cher son audace. La France, l’Allemagne, les États-Unis trouvaient tous le moyen d’humilier la jeune république, de tronquer son développement, bref de montrer qu’il n’est pas possible qu’une nation formée d’anciens esclaves puisse se gouverner correctement. La situation était telle que le Vatican lui-même ne signa son premier concordat reconnaissant l’indépendance d’Haïti, que 56 ans après l’émancipation de ce pays, soit en 1860. Il faut admettre aussi que mêmes les États-Unis allaient encore attendre trois ans pour accorder le statut d’homme à ses propres esclaves.

II. La polarisation idéologique d’Hispaniola

Mais l’histoire ne se déroule pas à sens unique. Les habitants de la partie orientale de l’ile menaient eux aussi leurs propres combats. C’est ainsi que le Saint-Domingue espagnol, comme on l’appelait à l’époque, celui qui devait devenir la République Dominicaine, opéra trois proclamations d’indépendance. La première en 1821, la deuxième en 1844 et la troisième en 1865. Mais comme nous le rappelle si bien Jésus de Galindez, la plus importante fut celle obtenue à l’encontre d’Haïti en 1844. En effet, après l’indépendance d’Haïti, pour prévenir un retour des Français (qui par la voix de Napoléon Bonaparte menaçaient de rétablir l’esclavage), les Haïtiens ont occupée pendant 23 ans la partie orientale de l’ile sous la présidence de Jean-Pierre Boyer.

Dans la quête de son identité, le jeune peuple dominicain lui aussi s’est vu confronté à des choix difficiles. C’est à ce stade que les idéologues obscurs, assoiffés de célébrités, essaient de pêcher en eau trouble. Des modèles lui sont dictés par des penseurs d’origine et de formation diverses. Mais dans la plupart des cas, c’est par opposition à l’Haïtien qu’on lui a appris à se définir. Il est normal que la domination haïtienne, ou toute autre forme de domination, dont la mémoire ne peut s’effacer en un clin d’œil, suscite en République Dominicaine, ou ailleurs, un légitime sentiment de désapprobation et de rejet. Mais c’est quand la droite s’empare du passé pour justifier les atrocités d’aujourd’hui contre les Haïtiens que cela devient dangereux. C’est comme si les Haïtiens s’en prenaient aux jeunes Français d’aujourd’hui en les rendant coupables de crimes commis alors que leurs propres parents n’étaient pas encore nés. Mais heureusement, l’être humain est beaucoup plus résilient, beaucoup plus noble que cela. C’est dans les jeux politiques troubles, dans les intérêts immédiats du despote de l’heure, qu’il faut chercher le fondement de la haine qu’alimentent certains secteurs entre les deux peuples. Le racisme même, dont cette volonté de division est marquée, ne reflète que le complexe de celui qui le véhicule, quand ce n’est pas un simple prétexte pour cacher des intérêts non avoués.

Ce phénomène n’est pas nouveau. C’est la persistance d’un mal qui refuse de disparaître. Est-ce que Montesquieu lui-même, ce penseur illustre ne s’était pas montré ambiguë dans L’esprit des lois, en parlant de l’esclavage ? Les bénéfices qu’il tirait de ce système ne sont plus un secret. Est-ce que le comte de Gobineau n’a pas essayé de démontrer que les noirs appartiennent à une race inférieure, ce qui évidemment justifierait toutes les atrocités auxquelles ils pourraient avoir été soumis ? Est-ce qu’une pseudoscience, la phrénologie, n’a pas été montée de toute pièce pour, à l’instar de Lombroso, typifier les hommes en fonction de la forme de leur crâne, les rendant ainsi prisonniers de toute sorte de clichés ? Autant d’aberrations devant lesquelles le XXIe siècle peut s’offrir le luxe de sourire. Mais que de maux n’ont pas causé ces divagations intellectuelles ! Dans son livre Le racisme, François de Fontette nous dresse un petit tableau qu’il ne serait pas inutile de reprendre ici : « Paraphrasant Chesterton, on pourrait dire que le racisme est le produit d’une distinction biologique devenue folle. Il y avait là matière à des extrapolations et à des vagabondages d’imagination qui n’auraient pas été dangereux s’ils étaient restés confinés dans les œuvres de Gobineau, Chamberlain, ou Lapouge, car, en fin de compte, bien peu les ont maniées. Mais la diffusion de leur pensée qui n’avait rien de vraiment scientifique s’est faite grâce à des vulgarisateurs qui naturellement se sont parés d’un langage prétentieux et ont donné à leurs écrits une allure scientifique. Ainsi cette fausse science a été répandue dans des ouvrages de second ordre, des romans à bon marché, des pamphlets, des brochures, des libelles de toute sorte… » 3

Dans ce même ordre d’idées, on ne devrait plus s’étonner qu’en République Dominicaine, parallèlement à des historiens et des analystes très sérieux, subsiste un courant de pensée caractéristique d’une certaine droite dont la seule motivation est la propagande. L’historien dominicain Franklin Franco nous la décrit en quelques mots :
« Le nombre limité d’études menées sur la réalité haïtienne, dont la plupart sous le régime de Trujillo, partent de principes racistes antiscientifiques et ont été plutôt des élucubrations idéologiques destinées à inculquer dans la conscience du peuple dominicain des conceptions aberrantes sur l’histoire et la culture d’Haïti. Tout cela dans le but d’augmenter la distance et la haine entre les deux peuples ».4

Il est difficile de ne pas classer dans cette dernière catégorie le livre de l’ex-président Joaquin Balaguer intitulé La isla al revés ou celui de l’intellectuel de droite, Manuel Nuñez, ayant pour titre El ocaso de la nacion dominicana. Ces livres qui reprennent, chacun à sa façon, l’essentiel de la vision du comte de Gobineau, ont été à leur tour relayés par un nombre incalculable d’apprentis écrivains dont l’ignorance de l’histoire d’Haïti est pitoyable. Mais dans le premier cas, il s’agit d’un auteur que l’on ne peut pas ignorer si l’on veut jeter un coup d’œil objectif sur la biographie de Trujillo, car ce fut l’idéologue officiel du régime du « Benefactor de la patria ».

III. Portrait d’un dictateur

Rafael Leonidad Trujillo Molina est né dans la ville de San Cristobal, à 30 kilomètres de la capitale dominicaine le 24 octobre 1891. Étudiant très peu doué, c’est sa grand-mère maternelle d’origine haïtienne, Louise Ercina Chevalier qui parfait son éducation à la maison. Dans son travail d’éducatrice du futur dictateur, elle fut souvent secondée par son second époux, Juan Pablo Pina (dont un hôpital porte encore le nom dans la ville de San Cristobal). Malgré les efforts de ses tuteurs, Trujillo ne manqua aucune occasion d’accomplir toute sorte de d’actes répréhensibles parmi lesquels des vols de bétail. Une chose est certaine, son pragmatisme, pour utiliser un mot plutôt neutre, ne lui permettait de reculer devant aucune méthode pour atteindre ses fins. C’est ainsi qu’après l’invasion américaine du15 mai 1916, une perspective nouvelle s’offrit à lui. Tandis que les jeunes Dominicains, blessés dans leur orgueil, sous les ordres du général Desiderio Arias, combattaient avec acharnement l’envahisseur, Trujillo s’approcha des soldats américains et offrit ses services pour combattre les rebelles dont il connaissait bien les tactiques. Son assiduité dans l’emploi, ses ambitions nullement dissimulées, lui permirent d’accumuler des promotions au sein de l’armée d’occupation qui formaient les jeunes officiers. Sa force une fois consolidée, il applaudit le départ des États-Uniens, mais inaugura son propre régime par un coup d’état contre Horacio Vasquez en février 1930. Réaction des États-Uniens? Écoutons à ce sujet l’opinion de l’écrivain Fernando Moreno dans le prologue du livre de Manuel de Dios Unanue sur Galindez :
« Trujillo a toujours été un enfant gâté des États-Unis. Il était tellement sûr de la confiance de Washington qu’il s’était permis, sans demander d’autorisation à personne, d’ourdir un attentat contre Romulo Betancourt et d’exporter ses complots et manipulations au Costa Rica, à Cuba, au Venezuela et même aux États-Unis » 5

Mais en quoi cela nous fait il avancer par rapport à ce qui s’est tramé en 1937, et qui conduisit à l’élimination physique de plus de 15 000 ouvriers agricoles haïtiens en République Dominicaine sous le régime de Trujillo ?

IV. La culmination d’un complexe

Apparemment, Rafael Leonidas Trujillo Molina n’avait aucune motivation pour réaliser contre les Haïtiens les atrocités connues sous le nom de « massacres de 1937 ». Retenons pour l’histoire cependant que ce mégalomane décréta le changement de nom de la capitale qui devint « Ciudad Trujillo » et qu’il s’appropria toutes les terres arables du pays. Ce qui fait que les Haïtiens qui émigraient vers la République Dominicaine pour y travailler étaient nécessairement tous employés sur ses possessions. La tuerie qui commença dès les premiers jours d’octobre, allait durer jusqu'au mois de décembre de cette même année. Mais, comme nous en informe Jésus de Galindez, ces faits tenus secrets n’ont pu être connus qu’un mois plus tard. Seul le quotidien, el Listin Diario, présenta un pâle reflet de ce qui se passait réellement et ce, seulement le 9 novembre suivant : « les incidents de la frontière nord n’ont aucun caractère de différend international, et ne supposent aucune importance particulière ni gravité susceptibles de troubler les bonnes relations existant entre les deux républiques voisines… » 6

Qu’on évalue l’intensité du cynisme de la motivation de ce génocide par ce rapport du directeur de l’immigration de l’époque, Vicente Tolentino Rojas, adressé un mois avant le début du massacre, au président de la République Rafael Leonidas Trujillo Molina. Dans ce document, il est signalé ceci :
a) un nombre considérable d’immigrants qui soient des agriculteurs, plutôt « de race blanche » est nécessaire en République Dominicaine ;
b) l’on peut admettre à ce titre un demi-million de personnes ;
c) les immigrants doivent être des personnes ayant des affinités avec les Dominicains, dans cette catégorie se trouvent les Espagnols, les habitants des iles, les Italiens et les Français ;
d) la République Dominicaine pourrait initier le processus en recevant à partir de cette année (1937) et pendant une période de 20 ans, 379 312 immigrants.7

Ce geste apparemment généreux de Trujillo en faveur des immigrants mentionnés doit-il nous aveugler au point de nous induire en erreur ? Non ! L’écrivain Manuel de Dios Unanue nous met en garde contre une telle mésinterprétation en affirmant catégoriquement qu’il ne s’agissait pas d’un élan d’humanisme. En effet, selon l’auteur, plusieurs facteurs expliquaient cette conduite du Généralissime (dont le plan commença à se concrétiser en 1938), moins d’un an après le massacre de plus de 15 000 Haïtiens : « d’une part, le dictateur dominicain, qui se vantait de descendre de nobles français et espagnols, était impatient d’augmenter le sang blanc au sein de la population, majoritairement noire, et en même temps, d’empocher les cinquante dollars qui étaient versés en compensation pour chaque immigrant reçu. » 8

Le génocide dont furent frappés les Haïtiens en 1937 sous le régime de Trujillo, en République Dominicaine, n’a pas été le fruit du hasard. Il n’a pas non plus été le fait d’un seul responsable. Des faits avérés, dont certains sont plus que connus, y ont contribué. Mais s’il fallait en faire un bref bilan, il serait difficile de laisser de côté le complexe d’infériorité d’un homme qui, à cause de son parcours personnel et de son passé, peinait à se faire accepter au sein de l’élite dans son propre pays. Ses calculs économiques, sans être négligeables, ne semblent avoir été qu’une motivation de plus dans sa recherche désespérée de compensation émotionnelle. Néanmoins, pour intense que fût son désir de réaliser un rêve aussi fou, quel que soit le point de vue considéré, on ne peut ignorer la passivité des autorités haïtiennes pourtant libérées du carcan de l’occupation américaine (de 1915 à 1934), trois ans avant ce massacre. L’irresponsabilité des autorités haïtiennes d’aujourd’hui, dans un pays où règne plus que jamais la confusion, n’est pas moindre. La caractéristique principale de la classe dirigeante actuelle consiste pour chacun à défendre son propre intérêt. Voilà ce qui ne les rend ni plus disponibles ni plus aptes à défendre les citoyens haïtiens qu’en 1937. Si l’on a encore des doutes, qu’on leur demande ce qu’elles ont fait pour expliquer à la nation les raisons de la torture, de la décapitation, de la crémation dont ont été victimes en République Dominicaine plusieurs Haïtiens depuis le début de l’année 2009, si l’on ne veut pas retourner trop loin en arrière. Peuvent-elles expliquer de même, sans démagogie, les vraies raisons de la destitution, fin octobre 2009, de l’ex-premier ministre Michelle Pierre-Louis, dans un pays en pleine crise sociale, économique, politique et morale? Pour quelqu’un qui semblait faire son travail dans la mesure du possible, une explication claire serait de mise dans un pays où les citoyens jouiraient d’un minimum de respect.

Notes
1. La nación haitiana, Editora Corripio, Sociedad Dominicana de Bibliofilos INC, Dantes Bellegarde, 1936, p. 45
2. Ibídem., p. 51
3. Le Racisme, PRESSES UNIVERSITAIRES DE FRANCE, 7e édition, 1992, p. 16
4. Haití: de Dessalines a nuestros días, Editora Nacional, Santo Domingo, 1988, Franklin J. Franco, p.5
5. El caso Galindez, Los Vascos en los servicios de inteligencia de EE.UU, Editorial CUPRE, New York, 1982, Manuel de Dios Unanue
6. La Era de Trujillo, Editorial marymar, Colection Politeia, 1962, p. 64
7. “Inmigracion-Haitianos-Esclavitud”, Ediciones de taller, 1983, No 152, Ramón Antonio Veras, p. 28
8. El caso Galindez, Los Vascos en los servicios de inteligencia de EE.UU, Editorial CUPRE, New York, 1982, Manuel de Dios Unanue, p.12-13

jeudi 22 octobre 2009

Un appel à la solidarité

Un appel à la solidarité envers les ouvriers agricoles haïtiens vivant en R.D

par Renos Dossous

Dans la quête de notre identité en tant que peuple, nous avons devant nous un immense terrain à défricher. En insistant sur le fait que notre environnement, à la fois géographique et politique, doivent y jouer un rôle, nous n’inventons absolument rien de bien original. Car si ce facteur devait être négligé, comment pourrait-on, même de loin, se faire une idée de cette entité humaine végétant dans sa moitié d’ile en plein cœur des Caraïbes et du XXIe siècle ?

Apres l’indépendance américaine de 1776, la guerre de sécession, un siècle plus tard, est venue mettre un terme aux doutes que suscitaient encore les divisions internes sur l’avenir. La nation s’unifia, se consolida. La puissance américaine, un nouveau géant, venait de naitre. Plusieurs actions inauguraient cette révélation au monde. La présentation du nouveau venu se faisait de manière ostentatoire. L’une des plus visibles démonstrations était la rapidité avec laquelle, une fois sa stabilité assurée, elle opérait l’éviction des ses rivaux européens attardés sur les rives latino-américaines et caribéennes. D’abord les Anglais, mais aussi les Français, les Allemand, les Hollandais, les Portugais et, du moins ce qui en restait encore, les Espagnols. On n’oubliera pas que les Espagnols formaient le dernier bastion des colonisateurs qui tardaient encore, à l’aube du XIXe siècle, à plier bagage pour retourner à leur point de départ. Cuba était, pour ainsi dire, l’épreuve finale du système colonial dans le Nouveau Monde.

Dans son application à prendre de l’espace, l’aigle américain avait une stratégie bien particulière qui consistait à étendre ses ailes, sans perte de temps, sur chaque pouce de terrain abandonné par ses prédécesseurs. Etait-ce un hasard si des pays latino-américains comme le Nicaragua, le Honduras, la Colombie ou même la dernière création en date, le Panama, ont connu leur propre moment d’épreuve ? La réponse est claire. Mais dans les Caraïbes aussi, Cuba et Porto Rico, d’une part, la République Dominicaine et Haïti, de l’autre, allaient jouer un rôle de plus en plus important dans ce jeu économique très complexe où n’allaient manquer ni des ingrédients politiques ni des ingrédients sociaux.

Mais puisque d’économie il s’agit avant toute autre chose, précisons bien vite que le domaine particulier qui allait changer la physionomie de plus d’un pays de la zone, c’était la culture de la canne à sucre, produit encore très prisé au début du XXe siècle.

Lorsque des investissements d’importance ont commencé à affluer des Etats-Unis vers Cuba pour la culture et l’industrialisation de cette denrée, presque simultanément cette nouvelle fièvre a atteint la République Dominicaine alors sous occupation américaine aussi bien qu’Haïti. Ce n’est pas que la canne à sucre n’ait pas fait partie de l’histoire même de ces deux nations. C’était tout simplement qu’une nouvelle source d’investissement, moderne, puissante, de nouvelles stratégies, faisaient sentir leurs poids après que des générations d’exploitants de ce produit avaient passé le temps à tâtonner dans l’anachronisme technologique et l’improvisation.

Ce triangle formé par Cuba, la République Dominicaine et Haïti devenait le lieu géométrique, la référence obligatoire où inscrire ce phénomène étrange, la migration haïtienne du début du XXe siècle.

En effet, dès le début de l’occupation américaine de 1915, plus de 50 000 familles paysannes furent déplacées, en Haïti, au profit de l’implantation de champs de cannes et d’usines destinées à les transformer. Mais le problème de l’excès de main d’œuvre vacante exigeait une solution urgente de la part des occupants. Pour éviter une explosion sociale, ils devaient procéder au plus vite. Et c’est ce qu’ils ont fait. C’est ainsi que 200 468 paysans haïtiens devaient émigrer à Cuba entre 1915 et 1929. Le nombre de ceux qui en avaient fait autant vers la République Dominicaine voisine était considérablement supérieur (1). Il continuerait à croître évidemment avec le temps.

Le territoire haïtien, moins étendu et plus montagneux que ceux de Cuba et de la République Dominicaine, les structures de l’état plus fragiles, l’environnement politique moins stable, il était normal que son rôle se réduise à une participation secondaire aux yeux des investisseurs. Voilà pourquoi, au lieu d’y faire venir des fonds abondants (ce qui y aurait, malgré tout, laissé des retombées économiques importantes) comme on le faisait ailleurs, on y a vu plutôt une source de main-d’œuvre bon marché. Le traitement de parent pauvre qui en dériverait était ainsi une conséquence logique de sa situation à la fois géographique, écologique, politique et sociale.

L’historien Franklin Franco qui s’est penché sur ce problème nous donne une idée de la façon dont les territoires étaient priorisés non pas en fonction de leurs besoins, mais en fonction de leur importance économique pour les investisseurs. Pour nous en convaincre, il nous rappelle qu’en 1929, en plein cœur de la récession économique mondiale, tandis que ces entreprises milliardaires ont investi, dans le commerce de la canne à sucre, 1000 millions de dollars à Cuba, 150 millions en République Dominicaine, seulement 8 millions furent réservés à Haïti (2). Il n’y avait donc aucune urgence à résoudre les difficultés d’un pays dont la vocation devait obligatoirement se limiter à résoudre des problèmes dont la portée dépassait ses propres frontières.

Si l’on veut se faire une meilleure idée de la place d’Haïti sur l’échiquier économique régional et mondial et des circonstances qui la déterminent, il suffirait de se rapprocher un petit peu plus dans le temps, vers les années 80. Face à la menace permanente d’une déstabilisation sociale et politique de l’Amérique latine et des Caraïbe sous la pression de la crise économique, un plan a été conçu pour venir en aide aux pays les plus défavorisés de la zone. On l’a baptisé l’« Initiative du bassin des Caraïbes ». Dans le cadre de cet effort, alors que des maux de toutes sortes frappaient Haïti, 2, 8 % des fonds prévus lui ont été destinés alors que 28, 6 % étaient réservés au Salvador (3), pays mesurant à peine les trois quarts du territoire haïtien et possédant la moitié de sa population. L’explication était que le terrorisme et la guérilla faisaient rage au Salvador et que le terrain était propice à l’entrée du communisme comme au Nicaragua post-somoziste.

Jusqu'à quand accepterons-nous passivement que nos priorités nous soient imposées de l’extérieur? Qu’est-ce qui nous paralyse ? Qu’est-ce qui empêche ce pays, le deuxième de ce continent à se libérer, de se secouer de son engourdissement pour s’affirmer en tant que nation digne de considération et de respect ?

Rien n’est mystérieux dans l’explication de cette lourdeur. Nos gouvernements y sont pour quelque chose. Un pays dont les ressortissants, où qu’ils se trouvent, se sentent abandonnés, livrés à eux-mêmes quelle que soit leur situation, quelle que soit la gravité des problèmes qu’ils confrontent, ne peut être pris au sérieux nulle part.

Les fonctionnaires de l’intérieur, du sommet à la base, ont la responsabilité d’une gestion efficace du pays, mais les diplomates, ses représentants à l’extérieur, sont aussi le reflet, l’image que les autres en reçoivent. Et présentement, elle semble bien pâle, cette image. L’inefficacité, l’incompétence ou la mauvaise foi sont d’autant plus visibles que les problèmes de nos ressortissants sont aigus. Et ils ne le sont nulle part ailleurs aussi déchirants qu’en République Dominicaine pour les ouvriers agricoles haïtiens.

Qu’avons-nous fait, que ferons-nous pour agir sur la réalité et changer l’image désastreuse que nous renvoyons de nous-mêmes à ceux qui nous observent ? Quand comprendrons-nous que ce n’est pas dans le camouflage, mais dans la prise en main de nos responsabilités citoyennes que se trouve la solution ? A chacun d’y répondre !

Notes1. « Haiti, de Dessalines a nuestros días », Franklin J. Franco, Editora Nacional, Santo Domingo, 1988 p.76 2. Idem. P.773. “Azucar y Haitianos en la Republica Dominicana”, Jose Manuel Madruga, Ediciones MSC, 1986, Editora Amigo del hogar 14 septiembre 2009

jeudi 15 octobre 2009

Nous et notre péché d´omission

L´histoire se charge de juger et de condamner les péchés d´omission d´une génération. Quand les générations futures nous jugent, privées de passion et séparées de tout intérêt qui n´est autre que la vérité, il s’agit de nous, les contemporains, dans les affaires dominico-haïtiennes, qui avons le pouvoir d´influencer la course, de sauver la vie, de restituer la dignité des victimes et d´éviter des remords dans la conscience des victimaires. Nous ! Nous serons coupables de par notre légèreté et péché d´omission.

Nombre de faits étranges surviennent à chaque moment de l´autre côté du Quisqueya: des crimes, des violations sexuelles, de graves atteintes morales –surtout dans le cas des étudiants universitaires- qui fort souvent impliquent une destruction interne des victimes. Le citoyen d’une nationalité ou l’autre peut être la victime ou le bourreau. Cela se passe sous nos yeux, sous les yeux des autorités concernées, avec une relative indifférence, laquelle dévoile dans plus d´un cas, une certaine confabulation de notre part et surtout, faut-il insister, de la part des autorités.

Pour avoir agit à demi-mesure, pour avoir fait la sourde oreille, il n’est pas étonnant que nous commettions des péchés par omission et que nous ayons à justifier notre inaction un jour aux générations futures. Il est certain que dans les pays frontaliers, les conflits sont toujours d´actualité. C’est pire encore quand il existe un déséquilibre socio-économique prononcé d´un côté par rapport à l´autre. C’est le cas de nombreux pays de l´Amérique du Sud, comme le Mexique versus les États-Unis. Malgré l´installation d´un mur entre ces deux pays, c’est un lieu de conflits permanents, devenu un lieu pour la production des crimes en série hollywoodienne, un mur de lamentations !

Revenons au but. Je reconnais que rien ne peut empêcher la République dominicaine de mener des rapatriements des personnes séjournant illégalement dans son pays que lui confère sa souveraineté en tant qu´État libre et indépendant. Parallèlement à cela, je suis contre tout processus arbitraire de rapatriement. Je suis également contre toute faute concernant les droits fondamentaux, à la dignité du citoyen de n´importe quel État sur le territoire dominicain ou ailleurs. Peu importe si cela inclut la population de cet état. Quand on parle de dignité et de droits fondamentaux, on pense à l’Être humain, indépendamment des caractéristiques sociales (nationalité, couleur, race…) qui le définissent. On ne peut empêcher le rapatriement. Par contre, pour ceux qui sont déjà sur le territoire, il faudrait que leurs droits soient respectés pendant qu’ils y sont.

En effet, aussi bien en République dominicaine qu´en Haïti, la violence est partie prenante du quotidien et ce, dans des cas que nous préférons ne pas relater ici. Quand aux actions cruelles entre citoyens d´un même pays, les autorités prennent souvent des mesures tant pour réprimander les auteurs que pour éviter de possibles contages. Quand les citoyens des deux pays sont impliqués dans le même contexte de violence, cela prend une toute autre dimension. Qu´un Haïtien soit victime sous la main d´un dominicain ou l’inverse, certes cela génère un enjeu diplomatique, mais vu la situation sui generis du « système dominico-haïtien », cela ne devrait pas aller au-delà de l´application des mesures établies. Mais malheureusement ce n´est pas le cas.

Quand un Haïtien est victime d´un victimaire dominicain, cela d´ordinaire, ne semble pas préoccuper les autorités en place. On m´a raconté le cas d´un haïtien qui a été mortellement victime d´un coup de planchette d´un dominicain, alors qu’il faisait sa toilette tôt le matin avant de vaquer à ses activités routinières. Malgré tous les efforts des proches de la victime, le victimaire n´avait même pas à se cacher des autorités militaires de la zone, même si ces dernières avaient reçu la plainte. Cela s´est passé à Bávaro, à l´Est de Santo Domingo.

Lorsque le victimaire est un Haïtien et la victime un dominicain, toute une population d´Haïtiens devra payer la faute de leur compatriote. Malgré que cette situation défraye les chroniques, les résultats sont toujours les mêmes : délocalisation, rapatriement (sous peine du pire, une pratique commune aux autorités dominicaines de la migration), carbonisation des manoirs après les avoir vandalisés, et tant d´autres choses.

On peut alors se poser la question de savoir combien vaut une vie haïtienne par rapport à une vie dominicaine. Le cas suivant servira à corroborer ma question et pourra un jour être une réponse.

À Santo Domingo, une jeune infirmière haïtienne, originaire des Gonaïves, m´a raconté comment, un 27 février, elle aurait pu être la victime d’un dominicain de souche, conducteur d´une voiture de transport publique sur la route ce jour-là. Des témoins ont rapporté que le dominicain s’était donné comme objectif de tuer pas moins de dix haïtiens parce qu´un haïtien avait fracassé ses vitres par un jet de pierre. Voici le récit de l’infirmière haïtienne tel qu’elle l’a vécu.

« Je traversais la rue pour prendre une voiture de transport publique en direction de mon université. J´en ai stoppé une qui passait et le conducteur s´est arrêté. La voiture avait toutes les indications nécessaires d´un véhicule de transport publique qui de manière accoutumée fait ce trajet. Il ne s´agissait pas de ces conducteurs illégaux qu’on nomme aussi « pirates ». Lorsque je fus installée dans la voiture, rejoignant d’autres passagers, le conducteur m´a demandé si j´étais haïtienne, et j´ai répondu affirmativement. Cela suffisait pour qu´il s´arrête ! Il est passé au côté de la portière où j´étais assise, m´a prise au cou, m´a sortie de la voiture et il a retiré un pistolet de sa ceinture avec l’intention de m’abattre. N’eût été l’intervention d’un des passagers qui a violemment repoussé le bras du dominicain, provoquant ainsi la chute du pistolet à quelques mètres distants, mon nom serait d´actualité dans les journaux en ce moment».

Combien d´Haïtiens n’ont pas eu la même chance que cette jeune infirmière? Combien d’autres ont été victimes du dominicain suite à cet incident ? A-t-il atteint l’objectif qu’il s’était promis d’atteindre ?

Cette pratique, très fréquente dans la société dominicaine, met en évidence une certaine haïtianophobie à Santo Domingo, une certaine difficulté –si non impossibilité- historique dans la cohabitation des deux nationaux sur la Quisqueya. Néanmoins, bon nombre d´intellectuels dominicains, moins afférés à la passion aveugle qu´à l´impartialité dans le passage au crible des données pourvues par l´histoire commune des deux peuples, découvrent une « Haïti historique » que Santo Domingo ne saurait faire table rase sans renier sa propre histoire.

Les arguments fallacieux sur lesquels sont basés l´anti-haïtiannisme des ultraconservateurs dominicains, ne tarderont pas à se dévoiler.

Vous pouvez maintenant lire l’éditorial de La Machette sur le site d’Alter Presse, Réseau alternatif haïtien d'information du Groupe Médialternatif www.alterpresse.org

mercredi 14 octobre 2009

La « frontière » est-elle carrément entre Haïtiens et Dominicains

par Jean-Gardy Lorcy

Le profane haïtien ou dominicain l’ignore sans doute, même s’il s’agit d’une lapalissade. En réalité, très peu d’échanges culturels, qu’on qualifierait d’intenses ou de dynamiques, vivifient les relations entre la République Dominicaine et Haïti. Ce déni réciproque du patrimoine culturel de ces deux peuples issus de la colonisation espagnole et française ne se circonscrit pas à l’intérieur des frontières de ces deux États partageant l’île Caraïbe. Ce refus d’interpénétration culturelle s’exporte également en Amérique du Nord ou à l’étranger au sein des communautés de migrants formées par les ressortissants haïtiens et dominicains. Le Québec, à ce titre, est un cas d’école.

Les sociologues ne doivent plus nous faire languir. Les résultats de leurs recherches sont fort attendus en ce sens. Car, comment expliquer, qu’aucun lien culturel véritable ne soit tissé par ces deux peuples frontaliers alors que le volume des transactions commerciales effectuées au niveau de la frontière s’intensifie à ce rythme, augmente de façon aussi vertigineuse (évidemment avec une balance commerciale favorable à la République Dominicaine, encouragée par l’Etat dominicain à travers un ensemble de décisions politiques et économiques stratégiquement planifiées en vue de provoquer de facto une dépendance d’Haïti en termes de produits de consommation de masse)?

La situation au QuébecMême s’il existe des cas marginaux (Voir fin texte) qui vont dans le sens opposé à la problématique soulevée, il demeure un fait que ce manque d’ouverture saute également aux yeux au Québec, tant du côté des Dominicains que de leurs homologues insulaires haïtiens. Ces derniers s’intègrent à la société québécoise en ignorant quasiment ou même complètement l’existence de la communauté dominicaine et vice versa. La nécessité de se donner les moyens pour prouver leur volonté commune d’œuvrer à l’harmonisation des relations d’ici et de l’île, tout en sauvegardant l’identité et les intérêts de chacune d’elles, ne se fait nullement sentir.

Des deux côtés, les réflexes, les clichés ont la vie dure. Desservies chacune par leurs médias respectifs, les deux communautés sont alimentées en information en dehors du filtre non partisan pour ne pas dire de façon subjective, avec des codes susceptibles de renforcer l'animosité entre les deux populations.

Par ailleurs, reconnue pour sa force agissante et proactive, la diplomatie dominicaine ne laisse rien au hasard. Elle espionne et suit de très près les organismes d’Haïtiens ou de Québécois qui se mobilisent en faveur des immigrants illégaux nés ou travaillant dans des conditions infrahumaines à Saint-Domingue. En 2007, une exposition dénommée «Esclaves au paradis» (qui rapportait les horreurs inédites dans les bateys haïtiens en République Dominicaine) organisée dans le cadre du Festival international du film haïtien de Montréal, avait soulevé l’ire du consulat dominicain à Montréal.

La consule générale Rachel Jacobo s’était invitée en s’autorisant à prendre la parole pour démentir les panélistes étrangers et haïtiens qui dénonçaient à l’unisson les mauvais traitements infligés aux coupeurs de canne (braceros). Des agents de sécurité ont dû même être embauchés par les organisateurs pour éviter toute éventuelle agression de la part des Dominicains dont l’importance numérique au Québec ne veut toutefois rien dire par rapport aux Haïtiens qui forment la deuxième ou la troisième plus grande communauté ethnique en nombre à Montréal.
Dans l’île d’HispaniolaEn dépit du brassage et des mouvements de population rendus inévitables au niveau de l’ile, les échanges culturels se résument à quelques rares prestations de groupes musicaux haïtiens à St-Domingue et à l’organisation des deux premières éditions des jeux haïtiano-dominicains. D’autres événements isolés, qui n’entrent pas dans le cadre d’une politique d’échange entre les deux Etats, ne sont pas fréquents, non plus. La frontière paraît, de ce point de vue, infranchissable aux valeurs culturelles des deux pays, d’où le reflet, par extension, au sein des deux communautés en terre québécoise.

Aujourd’hui, un sentiment anti-haïtien traverse actuellement la société dominicaine de bout en bout jusqu’à pénétrer les populations frontalières qui ont, jusqu’ici, entretenu des relations cordiales empreintes de fraternité et de vivre ensemble, au point de mériter une appellation toute particulière de « PEUPLE DE LA FRONTIERE ».

Sympathies binationales inexistantes?L’évidence de cette réalité est telle qu’on a l’impression qu’une sorte d’antipathie réciproque s’incruste définitivement dans les relations entre les deux nations sœurs, tant dans l’Île qu’au niveau de leur diaspora, évidemment plus forte du coté des Dominicains pour des raisons historiques que nous nous gardons d’évoquer dans ce papier. Apparemment solidaires de leurs compatriotes mal pris en République Dominicaine, les Haïtiens ne sont pas plus gentils envers les Dominicains, non plus.

Entre attraction et répulsion, le second souvent l’emporte. L’émigration massive d’Haïtiens, dépourvus du primum vivere chez eux, vers la République Dominicaine (même si ceux-ci offrent un cheap-labour incontournable à la croissance économique dominicaine) ne contribue pas à calmer la xénophobie ou même le racisme primaire du secteur ultranationaliste dominicain.
Très ouverte d’esprit, une chercheure dominicaine, parfaitement bilingue (espagnol/français), en visite en Haïti en compagnie d’une délégation d’officiels de son pays en 1999 à l’hôtel Montana, résumait à sa manière l’antipathie réciproque haïtiano-dominicaine. Elle confiait que l’Haïtien est, d’une manière générale, perçu comme «quelqu’un de sauvage, de sale, d’inculte, de mal habillé ou de pauvre», par le Dominicain moyen. Et, en tant que Dominicaine, il faut briser bien des tabous pour imposer candidement à ses parents sa décision de se marier à un Haïtien, racontait-elle avec une rare franchise.

À l’inverse, cette même chercheure dominicaine avouait également être bien imbue que le Dominicain est «ordinairement perçu comme un voleur» en Haïti et que la femme dominicaine ne passe pas chez l’Haïtien, parce que celle-ci est considérée comme «une pute à fuir», d’autant qu’elles sont nombreuses à flirter dans les bordels ou cafés en Haïti.

À ces préjugés bien vivaces dans les subconscients dominicain et haïtien, qui doivent être combattus à tout prix par les visionnaires, s’ajoutent, malheureusement, depuis environ une décennie, bon nombre d’incidents majeurs, notamment des assassinats, des lynchages ou exécutions sommaires d’Haïtiens en République Dominicaine. Des incidents qui seraient, de l’avis de plusieurs spécialistes des questions haitiano-dominicaines, l’aboutissement d’une campagne anti-haïtienne dans sa forme la plus virulente, orchestrée par le courant ultra nationaliste qui a la haute main sur le milieu médiatique.

Défis communs à réaliser au Québec
Il n’est pas l’ombre d’un doute que les efforts d’organisation de la vie culturelle dans la communauté haïtienne au Québec, implémentés par des initiatives d’envergure et de bonne facture, sont de nature à donner de l’impulsion aux activités culturelles et artistiques des deux communautés de manière à avoir une communauté de migrants, disposant d’atomes crochus d’insulaires, dans la grande métropole québécoise. D’autant que les Haïtiens, vu qu’ils sont nombreux et qu’ils y sont depuis un demi-siècle, ont des choses à partager avec leurs frères dominicains.

Dans cette mosaïque de cultures, les échanges culturels inter-communautés ont le double avantage de permettre d’appréhender le savoir et les habitudes culturels d’une autre communauté et par ailleurs de tirer partie des enjeux politiques. À cet égard, la communauté haïtienne au Québec, dans le cadre de son développement, politique, culturel, doit définir un mode de rapport privilégié avec la communauté dominicaine, étant donné qu’Haïti et la République Dominicaine sont les deux à partager l’île, de ce fait, condamnés à avoir une destinée commune.

Au-delà d’un meilleur vivre ensemble au Québec, il n’est pas osé de croire que la réalisation d’activités culturelles conjointes par les deux communautés en territoire d’accueil, dans une perspective de rapprochement et d’harmonisation, pourrait avoir des retombées positives sur les relations haitiano-dominicaines.

Il y a quand même des nouvelles prometteuses qui plaident en faveur d'un tel plaidoyer. Des Haïtiens au Québec via le «Festival international de musique haïtienne de Montréal» amorcent des discussions communes avec les Dominicains «Festival international du merengue et de la musique latine de Montréal» qui, avec les Jamaïcains (Festival international de reggae de Montréal), forment les trois festivals ethniques les plus importants à Montréal, avions-nous appris. On nous rapporte également le cas de l’entrepreneur dominicain à Montréal, Frank Kiko, propriétaire de «Mufflers Kiko» dont la plus grande partie de sa clientèle est d’origine haïtienne dans le quartier St-Michel. Kiko s’adresse d’ailleurs quotidiennement en français aux Haïtiens et aux Dominicains à travers sa propre émission sur la seule radio privée de la communauté haïtienne au Québec.

Enfin, il est grand temps que la diaspora nord américaine issue de l’Île, particulièrement celle du Québec, s’approprie la dynamique des relations haïtiano-dominicaines pour que les fils et filles haïtiens et dominicains immigrés au Québec puissent, à leur manière, imprimer leur marque d’influence, avec un fort élan de dépassement des conflits et différends historiques entretenus jusqu’à présent par certains secteurs rétrogrades et anti-changements, dans les rapports bilatéraux entre Haïti et la République Dominicaine.

Jean-Gardy Lorcy, étudiant à la maîtrise dont le mémoire portera sur l'inexistence de rapports culturels entre Haïti et la République Dominicaine
1(917) 829-3384
011(509) 3689-3081 (Cell phone Haïti )
doudoulorcy@yahoo.com

mardi 11 août 2009

Mot de l'équipe


Votre bulletin d’informations est de retour

Par Khadim Leye
Agent de Liaison du Comité québécois


Après six mois d’interruption de votre bulletin mensuel La Machette liée à une intensification des activités du Comité vers la fin du mois de décembre 2008, période coïncidant avec la dernière parution, nous avons le plus grand plaisir de reprendre sa publication mensuelle. En fait, durant toute la période hivernale et printanière, nous concentrions tous nos efforts dans des campagnes d’information et de sensibilisation orientées vers les CEGEP, les Universités, les Églises et lors de certaines manifestations à grande affluence. Ces campagnes revêtaient une double signification : il s’agissait de mobiliser les populations susceptibles d’êtres touchées par la cause afin qu’elles s’impliquent davantage aux activités du Comité; mais aussi et surtout, il était question de faire un peu de la politique financière en vendant le calendrier édition 2009 comme on le fait depuis deux ans d’autant plus que la crise économique qui sévit en ce moment a obligé certaines institutions donatrices à resserrer leur budget et à couper les financements à certains OBSL comme le nôtre.

D’autre part, le Comité est un organisme qui fonctionne essentiellement avec l’appui de bénévoles qui, bien que volontaires et déterminés à donner plus de dynamisme et de souffle au Comité, peinent à concilier leurs activités professionnelles et à faire du bénévolat dont les horaires chevauchent avec celles-ci. C’est la raison pour laquelle, nous tenons à vous signaler que seule votre implication massive peut aider à pallier ce manque de personnel qui perdure depuis un bon bout de temps.

Par ailleurs, n’oubliez pas aussi que votre bulletin d’informations est à vous et faisons de cet outil un espace d’échanges, de communication et de rapprochement entre membres de l’équipe, bénévoles et sympathisants et même de publication de vos éventuelles annonces, productions scientifiques, artistiques, littéraires…. Ceci dit, nous sommes ouverts à accueillir de nouveaux collaborateurs voulant contribuer aux activités et aux programmes du Comité, quelles que soit la forme.

mercredi 5 août 2009

Editorial

Ces GENS qui luttent…
par Gahston Saint-Fleur

Avant d´entrer en matière, nous tenons à souhaiter:
«JOYEUX ANNIVERSAIRE à Madiba»
Chapeau pour Nelson Mandela
Respect à l´Homme
Pour la liberté
Pour les Droits Humains!


Le hasard a fait de lui un grand Homme car, nombreux sont ceux qui, en prenant ce chemin, finissent par émettre le chèque en blanc de leur propre sang pour payer leur audace.
Qu´il y ait toujours une étoile Mandela qui brille partout où règne encore l´obscurité de l´apartheid. Nous en sommes la cause de cet apartheid et nous en sommes les victimes ; les apartheids de notre vie, de notre milieu, soyons un Mandela.

En effet, tous ceux qui osent prendre le chemin de la revendication populaire pour réclamer les droits des sans-droits, la voix des sans-voix, doivent être conscients au moins d´une chose: d´un moment à l´autre, leur sang peut être réclamé en échange de ce qu´ils exigent de droit. Celui qui n´en est pas conscient, ne devrait pas être un militant, ni défenseur de la paix, activiste des droits Humains ou autres. Ceux qui doutent de cela, n´ont qu´à feuilleter les pages tournées du passé, ils n´ont qu´à le demander au Christ, à Jésus, l´Emmanuel.

Nous dédions le poème qui suit, à l´occasion du 91º anniversaire de naissance de Madiba, à lui, aux lutteurs pour un monde plus juste, les guerriers anonymes, à ceux qui sont frappés et dont le sang coule, ces martyrs! Mais aussi bien aux autres qui, tout en étant frappés, leur sang coagule au-dedans d´eux. Ces derniers souffrent beaucoup plus. Fort souvent, ils doivent puiser de la force dans leur faiblesse. Quand ils souhaiteraient trouver une source externe d´où auraient-ils pu puiser du courage pour se ranimer, il revient à eux de le faire de leur propre source déjà desséchée pour ranimer leur entourage, pour dire autrement, ils doivent donner de ce qu´ils n´ont pas. Pour eux, par Mandela, ces vers de sang: « Sang/Quand la sueur de ton front ne suffit pas/ Du sang/Quand ta voix se fait trop courte/ Du sang/ Quand tes bras se raccourcissent/ Du sang/ Quand tes actions s’affaiblissent/ Du sang/ Donne de ton sang/ De ce liquide de feu/ Qui, omniscient et omniprésent/ Bouillonne dans tes veines/ Pareil à un puissant esprit qui se tait et attend. »

Pour commencer, nous tenons à saluer nos collaborateurs et lecteurs; remercier leur patience, leur fidélité à l´équipe du Comité. Voici, en effet, après une attente prolongée de plusieurs mois, la reparution tant attendue de notre revue.

L´actualité dans les différents domaines de la connaissance devient une bouée de sauvetage difficile à atteindre, voire difficile à enfermer dans les paumes des mains, comme plus d´une parmi nous aimerions bien le faire. Dans ce cas, nous n’avons pas la prétention de relater tous les événements qui ont fait l´actualité durant ce laps de temps dans le monde des haitianos à Santo Domingo, voire dans l´arène internationale. Quand même nous tiendrons à réfléchir ensemble sur les dénominateurs communs de l´actualité dans l´île au cours des derniers jours en commençant par le côté occidental.

En Haïti, il y a l’entrée en action de Bill Clinton comme envoyé spécial des Nations Unies à Port-au-Prince. Cela vient s´ajouter à la présence de la MINUSTAH et de ses officiers hauts gradés qui sont déjà sur place. Incapacité manifeste des forces de coalition régionale ou volonté de contrôle de la « Génération O » depuis la Maison Blanche? En ce qui a trait à cette dernière, nous n´avons pas de doute quant à la saine intention qui aurait inspiré Barack Obama de concert avec le Nº 1 de l´ONU dans une telle décision. Quant au premier –les forces de coalition-, il faut le reconnaître, dans nombre de cas, la MINUSTAH a fait preuve d´une incapacité chronique sinon complice – par le biais de certains de ses agents peu scrupuleux - dans des actes indésirables qui torturent encore la conscience collective haïtienne.

D´autre part, les rumeurs courent : le Gouverneur Bill est entré en poste dans une Haïti sous la tutelle américaine - tutelle formelle, doit-on préciser, car la mainmise américaine sur Haïti depuis 1915, pour ne pas aller au-delà de cette date, n´est pas une nouvelle pour personne. Le couple Préval-Clinton dévoile : « Il s´agît d´un effort de canalisation de l´aide étrangère vers Haïti ». En effet, entre les ouï-dire et les déclarations officielles, faisons place au temps, c´est bien dans son sein que se bercent les actes!

Pour ceux qui ont une idée du montant de cette aide étrangère en Haïti, par le manque aigu de transparence qui règne dans les administrations tant auprès des fonctionnaires «palaisiens » que chez certains ONG sur place, on serait tenté de se demander s´il ne serait pas également important –sinon plus- qu´un mécanisme de contrôle international de ces aides soit mis en place. Je l´avais déjà dit quelque part, en ce qui concerne les aides en infrastructures routières qui sont fournies au pays, les employés n´ont qu´à rapporter un accident ou la disparition d’un objet faisant partie du matériel que, quelques jours après on les voit apporter de nouveaux matériels sans que les autorités responsables se donnent la peine de vérifier ces rapports communément verbaux.

Dans certains cas, à cause d’une faille dans la maintenance routinière de ces appareils, on les abandonne pour une réparation qui reste en deçà de 50 Dollars US, peu importe le prix de cet appareil. Ce n’est pas un secret pour personne, les merveilles du désastre des Gonaïves; combien de lucre dans le malheur des autres! En effet, dans un pays où l´argent gouverne (et ce au détriment de l´esprit) ce n´est pas sans se consterner que l´on observe l´émergence de nouveaux politiciens. Ils rêvent d´être maire de la ville, législateurs et même président, pourquoi pas? En Haïti, la méritocratie c’est l’argent. Nous vivons dans un pays (Haïti) où la ploutocratie et la paupérocratie s´articulent dans une perfection médiévale, peu importe le gouvernement.

Préval a de quoi se vanter d´être le chouchou des aides internationales, le chouchou de la politique haïtienne. Il est cet homme d’État haïtien qui a accompli deux mandats présidentiels de manière interrompue et qui reste chez lui après. Il est ce président qui n’a pas peur des poussahs carnavalesques au Champs de Mars. D’ailleurs il n’aime pas trop se colporter et ce, peu importe le niveau d’insécurité dans le pays. Un homme pareil avec les attributions que nous savons a bien de quoi pouvoir être qualifié de bon si ce n’était pas pour le sens de l´administration qui lui manque, pour la finesse qui lui fait défaut lors du choix de ses collaborateurs. En effet, si on n´a rien à lui reprocher dans la malversation des deniers publics, il fallait bien questionner son manque de contrôle, lequel le rend complice des malfaiteurs au pouvoir, des malfaiteurs dans ses administrations.

Tout en laissant ouverte cette réflexion, passons de l´autre côté de l´île où les faits, par rapport à nos compatriotes nous attendent. Dans les derniers moments, nous avons suivi –et nous le faisons encore- le duel entre la Fuerza Nacional Progresista (FNP) que dirige l´avocat de renom, Marino Vinicio Castillo et famille d´un côté et le ministère de l´Intérieur et de la Police, de l´autre côté. Cause: le fameux « Problema haitiano » en République dominicaine. Pour le premier-les Castillo, le problème migratoire dominicain se réduit au fait de la présence irrégulière des nationaux haïtiens dans l´Est de l´île. Il va sans dire que les asiatiques, les centraméricains, les sud-américains… ne font pas partie du problème migratoire dominicain, au dire textuel du susmentionné dans le journal, Listin Diario.

Cependant dans l´actuelle administration du ministère de l´Intérieur et de la Police, le problème migratoire est beaucoup plus large. Il s´étend à tout étranger qui se trouve dans (sur ) le territoire dominicain sans être muni des documents légaux nécessaires. De là, est accusé le réductionnisme migratoire de la FNP d´haïtianophobie. Le Ministère veut entreprendre un processus qui favoriserait quand même les descendants et les travailleurs haïtiens, lequel la FNP ne cache pas son intention de boycotter jusqu´au bout. En effet, la Junte Centrale Électorale (JCE), pour sa part, a commencé un processus au cours duquel, plus de 146 000 actes de naissances tardifs (actas tardías) sont déjà émis. Pendant ce temps, les accusations s´entrecroisent entre la FNP et l´Intérieur dominicain dans une bataille qui profite aux journaux. Pendant ce temps, de bons citoyens infatigables continuent à lutter non pas contre, comme on aimerait bien le faire croire, mais pour un Santo Domingo plus juste pour les siens et pour ses visiteurs.

D’autre part, on questionne encore les intentions de M. Franklin Almeyda Rancier, titulaire du portefeuille de l’Intérieur et de la Police car, il est ce Ministre du poste qui a expulsé le Père Ruquoy, religieux CICM de nationalité belge, vaillant défenseur des droits des Haïtiens dans le Sud de Santo Domingo, pendant environ 30 ans. Par ailleurs, nous sommes au courant de ses aspirations présidentielles. Ces gens qui luttent, ne doivent pas oublier la vertu cardinale de la prudence quand ils se baignent dans ces eaux aux odeurs de Massacre.

Ces gens qui luttent infatigablement pour l´émancipation du droit des immigrants haïtiens en République dominicaine, en vérité je vous le dis : vous n´êtes pas la moindre pierre dans la construction pérenne de cette « patrie juste pour tous » qu´ont rêvée les pères fondateurs, à savoir : Juan Pablo Duarte, Francisco del Rosario Sánchez, Ramón Matías Mella et compagnie. Un rêve qui ne cesse de flirter avec la conscience des générations, rêve fait cauchemar chez plus d´un et caressé dans le réel par nombre d´autres; en somme, rêve encore rêvé.

Pour certains puristes du type des fanatiques aveuglés de la Fuerza Nacional Progresista, cette lutte s´oriente au détriment du pays. Cependant pour nombre d´autres, malgré leur silence sous peine de perdre leur dominicanité, il s´agit d´un investissement dans les intérêts vitaux de la République, dans la reconnaissance de ces ressources humaines potentielles, leur préparation et la mise en profit de celles-ci pour le plus grand bien du pays. Il est quand même absurde de nier la participation politique à ceux qui ont grandement contribué à l´édification des tours qui symbolisent avec justesse le niveau économique de Santo Domingo, de sa présence sur la scène internationale!

A travers l’élection de Barack Obama, les États-Unis nous disent que les ressources humaines qualifiées –et ce, même pour diriger le destin de la nation la plus puissante du monde- peuvent venir aussi bien de la Grande Bretagne que du Kenya. Par contre, à une époque où la bataille des compétences défie tout ce que j´appelle les « accidents sociaux » -s´agît-il de la priorité que nous octroyons, dans notre effort pour définir l´homme, aux faits qui lui affectent dans son devenir : le nom de famille, l’origine ethnique, la nationalité, la couleur, etc. tout en négligeant en soi l’homme tout court, faire table rase à certains au profit d´autrui en raison de la pigmentation de la peau, de la provenance géographique, ce n´est pas faire du bien à un pays ou une institution quelconque, mais bien au contraire!

Malheureusement en refusant de savoir le montant de notre Capital Humain, nous refusons ipso facto, tout effort s´orientant à l´évaluation de nos pertes provoquées par notre négligence. Pertes dans le décès prématuré de nos jeunes, dans la mort de nos hommes sans avoir même vécu encore, pertes dans notre croyance fascinée et achronique dans la prédestination de certains à être des sous-hommes; en profanant, en souillant le pain sacré de nos enfants, ce pain de l´éducation et de la formation conçu au prix du sang.

Il nous faut continuer à lutter sans nous confondre avec ceux-là qui parlent de bien d’autrui quand ils œuvrent pour leur bien personnel, ceux qui cherchent à se faire les protagonistes d’un jeu dans lequel ils ne sont que de simples spectateurs, ces gens mus par la haine et la vengeance! Il n’est pas nécessaire de causer du mal pour créer du bien. J’irai plus loin pour dire que tout bien dont la réalisation implique un mal, est questionnable.

Saluons les efforts de tous et chacun dans l’amélioration constante de la vie des nationaux haïtiens en République dominicaine, nous saluons la reprise des activités de l’équipe du Comité, nous saluons, enfin, la reprise de nos relations avec nos amis lecteurs.

Au prochain édito.

Gahston Saint-Fleur
chestedr@gmail.com